mardi 29 janvier 2008

Hiver 2008: Nouvelle édition !



Dossier spécial:
Peuples autochtones


avec les chroniques habituelles:
Culture, Individus et société, Rencontre spéciale, Emploi, Saviez-vous que, etc.

Au sommaire:



1. Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones,
Une feuille de route pour l'avenir, par Marie Léger

2. Ces peuples invisibles mais pourtant là..., par Marie-Pierre Bousquet

3. Richard Desjardins: "Je viens du même pays qu'eux autres", par Martin Dufresne

4. Contre notre pauvreté collective,
Femmes autochtones, par Robin Couture

5. Les Premières Nations s'organisent, par Benjamin Vachet

6. Le pouvoir des Fleurs, par Benjamin Vachet

7. Imaginer sa vie et reprendre sa fierté,
Croire au tambour et en sa langue, par Blandine Philippe

8. "Notre" Québec: Mes "Indiens" et "les Autres", par Giovanni Fiorino

9. Conte Nipaiamiau tipatshimum mak ussipupun, par Germaine Mesténapéo

10. Journal de bord chez les Cris, par Amélie Thivierge

11. Un peuple à effacer,
Tuer l'Indien au coeur de l'enfant, par Johanne Pelletier

12. La Rencontre,
Écrire une histoire différente, par Jean-Louis Fontaine et Josée Laflamme


Également dans cette édition:


. En emploi dans le secteur manufacturier à Montréal,
Le difficile combat des femmes immigrantes universitaires, par Nadia Lakrouz

. De la buanderie au poste de directeur général,
Khiem Dao, une histoire d'amour avec Sainte-Justine, par Paule Des Rivières

. De la brousse africaine au Québec profond,
Quand le djembé ragaillardit le ruine-babines, par Frans Van Dun

. Dans la Tour de Babel montréalaise,
Perspectives d'un interprète en milieu social, par Bülent Erdogan

. Faire le choix entre société d'accueil ou société accueillante ?, par Mylène Gauthier

. Accueil des nouveaux-arrivants,
Formation intégration, par Benjamin Vachet

. Enjeux et défis de la laïcité dans l'éducation, par Louise Stafford

. Hi Bridée et Orientité, par Mihee-Nathalie Lemoine


Comment vous procurer le Jumelé ?



Au bureau de la TCRI, 518, rue Beaubien Est, à Montréal.
À l'un de nos 125 points de dépôt gratuits, liste à http://www.tcri.qc.ca/jumele.html
Sur abonnement, à votre adresse, détails à http://www.tcri.qc.ca/jumele.html

Le JUMELÉ, à la croisée des cultures, souhaite ouvrir un dialogue entre les personnes immigrantes et celles issues de la société d'accueil.
Il vise à encourager la tolérance en matière de pluralité sociale, culturelle, religieuse, historique et coutumière.
Pour toute communication avec le Jumelé, écrire à lejumele@tcri.qc.ca ou téléphoner au 514-272-6060 poste 209.

lundi 21 janvier 2008

Dans cet espace web...

Bienvenue sur ce nouveau blog !

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À ce jour:

86 pages

en ligne dont

56 articles

illustrés de photos et de références et

2 reportages vidéos


Le JUMELÉ, à la croisée des cultures est une publication trimestrielle grand public imprimée à 8 000 exemplaires. Elle se distingue en tant que média alternatif, seul en son genre à traiter exclusivement de la question des relations interculturelles au Québec et accessible via un réseau de 125 points de dépôts.

Pour en savoir plus, cliquer ICI




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Le JUMELÉ, à la croisée des cultures
518, rue Beaubien Est
Montréal (Qc) H2S 1S5
Tél.: 514-272-6060 poste 209
Courriel: lejumele@tcri.qc.ca

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Le JUMELÉ, à la croisée des cultures prépare sa prochaine édition attendue pour avril 2008.


L'édition Printemps 2008 sera tirée à 10 000 exemplaires distribués à travers un réseau de 125 points de dépôt sur l'Île de Montréal et à plusieurs centaines d'abonnés et d'institutions dans les différentes régions du Québec.
Cette prochaine édition s'offre d'accueillir des textes en lien avec les rubrique habituelles:

Famille; Enfants; Aînés; Femmes; Hommes; Culture; Emploi; Actions communautaires;Histoire; Régions; Portrait; Coup de gueule; Intégration linguistique; Bons coups.

Un dossier spécial y est également attendu.

Date de tombée de réception des textes:
Lundi 3 mars 2008.



Format des textes proposés:
700 mots (ou 2 feuillets).

Genres:
Les textes peuvent prendre l'une ou l'autre des formes suivantes:
article, entrevue, témoignage, note d'humeur, communiqué, nouvelle, récit, pensée, critique, résumé de recherche, etc.

Précisions:
Nous offrons relectures, corrections, conseils et soutien à la recherche selon les besoins.
Un comité d'orientation valide l'admissibilité des textes présentés afin d'assurer qu'ils répondent à la mission du Jumelé.
Édité par deux organismes à but non lucratif (TCRI et SEIIM), Le Jumelé ne bénéficie d'aucun financement public:
il poursuit sa mission grâce à ses abonnés et à des fonds privés (Fondation Alex & Ruth Dworkin).
Les collaborateurs et collaboratrices le sont sur une base volontaire.

Pour toute demande d'information ou pour envoyer vos textes:

Courriel: lejumele@tcri.qc.ca
Téléphone: (514) 272-6060 poste 209

En vous remerciant de votre attention !

Collaborations



Le Jumelé ne saurait exister sans l'étroite contribution de collaborateurs bénévoles.
Depuis deux ans, 76 femmes et hommes, de divers horizons et compétences professionnelles, se sont impliqués au sein du Jumelé en y apportant leur contribution rédactionnelle. Un gros merci !

Les liens actifs vers une courte biographie et les articles de chacun-e des collaborateurs-trices sont progressivement mis en ligne.

»ALTAMIRANO, Christian
»ARMAND, Françoise
»AUGENFELD, Rivka [comité d'orientation]
BEAUCHESNE, Marie
BÉRUBÉ, Hélène [comité d'orientation]
»BOUCHER, France
BOUSQUET, Marie-Pierre
»CARETTE, Jean
CATHER, Christian
CHAMPAGNE, Stéphane
CHERGUI, Yamina
COUTURE, Robin
D'ANJOU, Catherine
»D'ETCHEVERRY, Jean-Luc
DAOUZLI, Slim
DEDEK, Nicolas
DESRIVIÈRES, Paule
DJABELKHIR, Nabil
DUFRESNE, Martin
EL-HAGE, Habib
EL-YAMANI, Myriame
ERDOGAN, Bülent
FIORINO, Giovanni [comité d'orientation]
FONTAINE, Jean-Louis
FRANÇOIS, Mathieu
GARÇON, Myriam
GAUTHIER, Mylène
GAUVREAU, Catherine
»GAVARD, Isabelle
»GOSSELIN, Gabriel
GOUDREAU, Alain
GRAVEL, Estelle
Guay, Lorraine
ICART, Jean-Claude
»KNEALE, Laura
KOUAMY, Annie
»KOUAOU, Ahmed
LAFLAMME, Josée
LAKROUZ, Nadia
»LALIBERTÉ, Annie
»LAMOUREUX, Jocelyne
»LANOUETTE-TURGEON, Anouk
LÉGER, Marie
LEFEBVRE, Orkia
MARAILLET, Érica
MARSAIS, Jérôme
MERROUNI, Mekki
MESTÉNAPÉO, Germaine
MUZINGA, Ignace
N'SENGA, Didier
NGIRUMPATSE, Pauline
NOGUÈS, Aline
OTIS, Denise
OUAKNINE, Léon
PAGÉ, Véronique
PELLETIER, Johanne
PHILIPPE, Annick
»PHILIPPE, Blandine [réd. en chef / comité d'orientation]
PICHETTE-NEVEU, Arianne
REICHHOLD, Stephan
ROUSSEL, Jean-François
RUFAGARI, Marie-Claire
SALLENAVE, Florence
SASSA, Diolément
SIVALINGAM, Harini
STAFFORD, Louise
TARDIVEL, Véronique
»THIBAULT, Sylvain [comité d'orientation]
THIVIERGE, Amélie
THOMSEN, Kurt-Anders
»TREMBLAY, Monique
»TRUCHON, Karoline
VACHET, Benjamin
»VAN DUN, Frans [comité d'orientation]
»YVES, Placide
ZIOUCHE, Zahia

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dimanche 20 janvier 2008

À la fois porteur de malheur et de bonheur
Le rendez-vous


ZAHIA ZIOUCHE


Ce mot ou plus exactement cette expression composée de deux mots, évoque en moi une multitude de pensées et de souvenirs. Lorsque j’étais plus jeune et que je l’entendais, je regardais tout de suite autour de moi pour voir et comprendre la suite qu’il impliquait. Traduit en paroles, le mot rendez-vous pouvait à la limite être prononcé pour désigner un rendez-vous médical mais pas plus. Il n’était surtout pas permis d’être prononcé par une fille, devant un père ou un frère. C’était presque comme un péché ou un blasphème. L’usage de certains termes au sein de la famille avait des limites que les femmes devaient se garder de franchir. Or, merveilleusement nous l’enveloppions de mille petits soins, dans nos secrets de filles. Nous nous le partagions discrètement quand l’amour était au rendez-vous. C’était donc l’interdit qui remplissait nos moments les plus heureux. Il accompagnait nos discussions furtives, voire emmitouflées. Ce mot devenait alors magique et nous procurait des joies intenses. Il représentait l’espoir d’une rencontre entre deux cœurs amoureux. Malheureusement, il fallait livrer un combat qui défiait les dures lois d’une société sans pitié, pour les femmes en particulier.

Aujourd`hui, et même si je peux en disposer et en user, en toute liberté, j’éprouve encore une certaine appréhension inconsciente. Une résonance profonde qui provoque en moi des sensations dérangeantes et incompréhensibles. Il faut croire que certains souvenirs de notre subconscient restent intenses. Leur influence aura marqué notre âge le plus tendre et les cicatrices sont parfois indélébiles.

En compagnie de mes amies filles, nous prenions inlassablement le droit de chuchoter ce mot péché. Il était pour nous, à la fois, porteur de malheur et de bonheur. Nous défiions toutes les lois. Cependant, gare à celle qui avait l’audace de le laisser entendre haut et fort autour d’elle. Elle pouvait risquer de ne jamais plus mettre le nez dehors sans escorte. Se voir même emprisonnée et privée d’étudier. Elle pouvait risquer de se retrouver mariée plus tôt que prévu et au premier prétendant qui se présentait.

Et pourtant, entre nous, nous partagions ce mot secret, affectueusement et secrètement, dans l’intimité totale. Il était le symbole de nos rêves de jeunes filles. Il nous transportait dans un monde inaccessible. Grâce à lui, nous voyagions à travers les merveilles du monde imaginaire, vers des amours impossibles et imprudents. Il nous permettait d’étancher notre soif des plaisirs et des fantasmes que tout être humain avait le droit d’atteindre.

Nous devions communiquer entre nous par le geste ou l’écriture d’un petit mot secret, écrit par la main d’un amoureux transis mais qui gardait encore l’espoir de rencontrer sa dulcinée. Parfois, un minuscule bout de papier avait subi mille et un dommages avant d’arriver entre les mains de la belle. Celle-ci, souvent au risque de sa vie, arrivait à déchiffrer l’endroit désigné par le mot interdit. Son rendez-vous fatal avec l’amour et la passion. Bref, que d’histoires heureuses et malheureuses ont tourné autour de ce mot qui continue d’exister et semble même éternel.

Je finirai mon récit en me rappelant d’un proverbe qui me plait énormément car il m’inspire beaucoup d’espoir et de patience : peut être qu’une rencontre fortuite vaut mieux que mille rendez-vous…

Cet article est paru dans l'édition automne 2007 du Jumelé

Vivre ensemble égaux/égales et différentEs
Un défi d’abord politique


LORRAINE GUAY

Une grande partie de l’actualité médiatique est actuellement braquée sur la Commission Bouchard-Taylor et sur les audiences qui s’y succèdent depuis bientôt un mois. Tous ceux qui avaient critiqué vertement la tenue de cette commission commencent maintenant à en percevoir quelque mérite. Elle pourrait même constituer, selon certains, «notre plus belle revanche collective» sur Bib Brother, cette force occulte qui manipule les fils de citoyenNEs devenus marionnettes. Il sera en effet très difficile pour les décideurs politiques de faire fi d’un tel forum citoyen. Encore faut-il que tous et toutes y participent, malgré ses lacunes évidentes : aucune femme dans la co-présidence et aucunE représentantEs des milieux issus de la diversité ethno-culturelle ce qui a fait dire à plusieurs, et avec raison, qu’il s’agit d’une commission de Blancs pour Blancs. Raison de plus pour renverser la vapeur et investir massivement cet espace de parole publique.

Un des constats majeurs –et extrêmement prometteur- qui se dégagent des opinions émises, c’est que l’homogénéité n’existe pas…un truisme sans doute mais que plusieurs découvrent à leur grande surprise. Tous les citoyenNEs qui interviennent dans le cadre de la Commission ne partagent pas nécessairement les mêmes analyses de la situation ni les mêmes perspectives.
Au-delà de la seule question des accommodements raisonnables dont on mesure de plus en plus qu’ils ne constituent pas cet épouvantail monté en épingle par des démagogues patentés et relayés avec complaisance par certains médias, ce que les audiences de cette commission mettent en évidence, c’est le pluralisme politique de la société québécoise et pas seulement sa diversité culturelle ou religieuse.

Et l’interrogation fondamentale du «vivre ensemble égaux/égales et différentEs» auquel sont confrontées toutes les sociétés – pas seulement les sociétés occidentales mais également les sociétés africaines, asiatiques, latino-américaines, etc. – relève essentiellement du politique. Comment vivre ensemble dans l’égalité des droits et les différences d’histoires, de cultures, de langues, de religions, d’orientations sexuelles, etc. ? Laissés à eux-mêmes les humains ont tendance à se replier sur leur communauté, à vivre en ghetto, majoritaire ou minoritaire, peu importe. En effet, «il n’est ni naturel ni inné de considérer les êtres humains comme égaux, d’affirmer que toute personne participe à l’énoncé de la loi, que la liberté est le premier bien de l’humanité et l’ouverture aux autres une condition privilégiée de son existence, que la solidarité reste une valeur et qu’elle ne se limite pas à son groupe, son clan, sa tribu, sa communauté, sa nation». Seuls le travail politique et la délibération dans l’espace public démocratique permettent d’en faire l’apprentissage.

D’où l’importance de poser la question du vivre ensemble en lien avec le monde dans lequel nous vivons, un monde dont le système économique et politique est très massivement capitaliste, patriarcal et raciste pour reprendre la manière dont la Marche mondiale des femmes le qualifiait; un monde où les droites sont au pouvoir presque partout en Occident et où plusieurs régimes intégristes ou dictatoriaux se maintiennent en Asie et au Moyen-Orient. Loin d’apporter des réponses à l’interrogation du «vivre ensemble», ces régimes creusent des fossés et nous éloignent les uns des autres. «Martèlement des thèmes de « l’identité nationale», de l’insécurité, de l’immigration, mobilisation des «armées de Dieu» au service des valeurs morales traditionnelles et du retour à l’autorité : plus les inégalités se creusent, plus la droite, détournant le regard (le sien et celui des autres) invoque comme référence centrale les «identités» culturelles, ethniques, religieuses. .

Et quand on pose ces questions, tous et toutes, personnes réfugiées et immigrantes, québécois dits «de souche», francophones, anglophones, toutes religions et couleurs confondues, nous nous retrouvons sur le même terrain, celui du pluralisme politique, là où se jouent les grandes orientations politiques pour faire face aux défis qui sont les nôtres. Les lignes de démarcation traversent ici les cultures et les religions quoique la religion a un impact indéniable sur les orientations politiques selon que les croyantEs appartiennent au courant fondamentaliste chrétien, juif, musulman, hindou, etc. ou à son courant réformateur voire progressiste. Ainsi, toutes ces religions pratiquent la discrimination envers les femmes. L’influence dominante du catholicisme au Québec pendant de nombreuses décennies a retardé l’émancipation des femmes et cette émancipation s’est largement réalisée contre l’Église et ses enseignements, une tâche non encore achevée d’ailleurs…quand on voit les parents catholiques repartir à l’assaut de l’école. On retrouve les mêmes freins du côté des musulmans intégristes ou des chrétien fondamentalistes à la Bush.

De même quand on pose la question du système socio-économique dans lequel nous vivons, nous constatons que la majorité adhère à une forme ou l’autre de capitalisme néolibéral, certains optant pour sa version «pure et dure» à la Tatcher/Reagan/Harper/Bush/Harris, un certain nombre pour des formes plus «modérées» de social démocratie alors qu’une minorité s’est activement engagée dans des combats pour un «autre monde», contre le capitalisme, le patriarcat et le racisme. Au Québec les options souverainiste et fédéraliste se jouxtent à ces clivages.

Ce sont donc aussi ces orientations politiques qui constituent la toile de fond des débats actuels et qui mettent en lumière des alliances et des confrontations qui transcendent les identités culturelles et les religions. Ainsi de nombreuses personnes immigrantes rejoignent les rangs de la majorité dans leur appui inconditionnel à un système qui perpétue les injustices; plusieurs, voulant avec raison améliorer leur condition économique, trouvent dans les orientations néolibérales de l’Amérique du Nord la seule voie de sortie de la pauvreté et de l’accès à la richesse; plusieurs sont d’accord avec la privatisation du système de santé et d’éducation; plusieurs voient d’un très mauvais œil la présence envahissante de l’État dans la vie des citoyenNEs et l’associent au spectre du socialisme, etc. Bref, immigrantEs, membres de groupes religieux et membres de la société d’accueil s’entendent comme larrons en foire quand vient le temps de soutenir un système néolibéral. C’est d’ailleurs dans ce système que la plupart veulent s’intégrer…comme la majorité des membres de la société d’accueil.

Pour faire face aux défis du «vivre ensemble égaux/égales et différentEs», ce n’est pas d’accommodements avec le système en place que nous avons besoin, mais de rupture radicale et de construction d’alliances nouvelles pour «l’avenir du Québec et du monde» comme nous y invitait l’Assemblée des mouvements sociaux le 26 août dernier dans le cadre du premier Forum social québécois.

Cet article est paru dans l'édition Automne 2007 du Jumelé

Hommes en difficulté et communautés ethnoculturelles :
une autre perspective


JEAN-FRANÇOIS ROUSSEL


« Pendant longtemps dans l’interculturel on s’intéressait beaucoup au choc des nouveaux arrivants. Nous on a arrêté. On s’intéresse au choc des professionnels. Ce qui est problématique dans l’intervention c’est que lorsqu’ils sont en choc, ils se retrouvent dans une situation où se sentant menacés, ils se protègent. Et en se protégeant ils sont dans une position de fermeture où il est très difficile de voir les autres réalités. »

Voilà les paroles d’une travailleuse sociale, d’origine africaine. Non, elle ne parlait pas de propos entendus à la Commission Bouchard-Taylor!
Elle s’adressait plutôt à un auditoire de « Québécois d’origine française » lors d’un colloque sur « Les enjeux interculturels de l’intervention auprès des hommes en difficulté ». Avec la précieuse et intense collaboration de l’Institut interculturel de Montréal, j’ai voulu organiser 4 colloques sur ce thème. Ils ont eu lieu au cours de l’année dernière et nous travaillons actuellement à la publication de certaines des interventions faites alors.

Nous avons choisi de donner la parole à des membres experts de quatre aires culturelles minoritaires au Québec : sud-asiatique, subsaharienne, arabo-musulmane et autochtone.

Que de savants colloques sur la diversité culturelle d’où sont absents ceux et celles dont on parle, les membres de minorités culturelles! Nous souhaitions un changement de perspective : au lieu de réfléchir à ce qui fait problème aux yeux de la majorité caucasienne, de culture historiquement judéo-chrétienne et aujourd’hui se voulant laïque, écouter des membres de minorités nous présenter ce qui pour eux fait problème.

La question de la condition masculine (santé des hommes, condition psychosociale, vie de couple, paternité, violence, vieillissement, etc.) fait l’objet d’un intérêt croissant dans les institutions publiques. Beaucoup d’hommes en difficulté passent au travers des mailles du réseau d’aide qui pourrait les aider en cas de crise. Cela suggère que les services d’aide aux hommes ne sont pas aussi adéquats qu’ils le devraient. Comment les améliorer? Un aspect du problème concerne les hommes de minorités immigrantes et autochtones, en raison de l’écart culturel.

Des experts des diverses aires culturelles sont venus s’adresser ainsi à un auditoire assidu, composé essentiellement de travailleurs sociaux, chercheurs en sciences sociales, gestionnaires et intervenants du réseau québécois des services sociaux et de santé. Des dialogues francs et ouverts ont été amorcés.

Ces rencontres ont révélé chez la plupart des participants une conscience des présupposés qu’ils traînent avec eux dans leurs interventions et questionnements. Inutile de reprendre ici les préjugés qui entourent les hommes des aires culturelles concernées, « arabo-musulmane » ou autochtone par exemple; ces préjugés ont été abordés et largement démontés. D’autres préjugés sont apparus, qui concernent plutôt la manière dont les intervenants perçoivent leur travail :
• les approches employées dans le réseau d’aide aux hommes en difficulté vont de soi;
• les valeurs québécoises découlent d’une évolution historique nécessaire et libératrice pour tous et toutes, peu importe l’origine ethnique;
• « intégrer » l’immigrant (auquel on assimile l’autochtone!), c’est l’aider;
• la religion est une affaire privée, plus ou moins le reliquat traîné par l’immigrant et auquel il tient encore faute d’une intégration complétée.

En somme, la culture québécoise, égalitaire, axée sur le projet de vie individuel, affranchie de la religion, est une culture avancée à laquelle des minorités culturelles retardataires gagneraient à s’intégrer.

Non seulement nos colloques ont-ils fait prendre conscience à plusieurs des effets négatifs de tels préjugés sur ceux qu’on tente d’aider, et dont on regrette parfois la résistance; mais plusieurs se sont vus renvoyés à eux-mêmes, à leur propre situation et aux limites de celle-ci : celle de membres d’une « communauté culturelle » qui s’ignore parfois, surtout dans les gestes les plus habituels, et qui fait face à ses propres problèmes sociaux et fragilités culturelles. « Nous » avons tendance à nous donner pour normaux, voire même pour normatifs. Les rencontres nous ont placés devant une tout autre perspective :

Tout un « choc » pour des intervenants; tout un questionnement à faire, inquiétant mais ô combien nécessaire pour une société culturellement diversifiée.

À l’Assomption pure laine
Sous l’arbre à palabres


FRANS VAN DUN

Au printemps de cette année, il est arrivé un événement surprenant au centre-ville de L’Assomption, notre bourgade conviviale entourée de la rivière qui porte le même nom. Cette presqu’île se situe sur la Rive Nord, près de la 40, juste à l’extérieur de la grande banlieue de Montréal où beaucoup de nos concitoyens partent tous les matins avec leur boîte à lunch tandis que des Montréalais font la route inverse. Toutefois, aux yeux des immigrés, installés à Montréal, quitter l’île et traverser la Rivière-des-Prairies, c’est se perdre au bout du monde. Pourquoi préfèrent-ils rester coincés dans la métropole alors que nous aimerions les accueillir à bras ouverts ? Savent-ils seulement que plusieurs firmes ici affichent : « Nous embauchons »?

Donc, au printemps 07, une boutique exotique fait irruption sur le boulevard de L’Ange-Gardien, près des Bars du Portage. Il y avait là un magasin à chaussures dont le propriétaire, Michel, a pris sa retraite, laissant un local tristement désert, avec son affiche « À louer ».

Puis, un beau jour, sans préavis, la vitrine a complètement changé de look. Un étalagiste de métier a dû passer par là… Voyant ça, tu t’arrêtes, irrésistiblement, car les articles exposés chatouillent ton regard et taquinent ta curiosité. Tu te frottes les yeux : « Est-ce que je suis bien à l’Assomption pure laine et non pas sur la rue St-Denis à Montréal ? » Voilà des étoffes aux couleurs chatoyantes, des batiks, un djembé, une lance, des masques qui te dévisagent et des bijoux étincelants.

Un peu gêné, tu pousses la porte de cette boutique appelée Sous l’arbre à palabres. Une vraie caverne d’Ali Baba ! Voilà le maître des lieux qui t’accueille : un Africain originaire du Cameroun, un vrai, noir foncé, beau, calme, souriant. Tiens, tu te sens attendu.

Tu commences par promener ton regard partout, tu risques une petite question et voilà que monsieur Léopold te répond avec un plaisir évident et une abondance de détails. Mais aucunement question de vente sous pression.

Tu m’en as parlé et j’y suis allé à mon tour. Entretemps, ma femme a commencé à suivre des cours de tam-tam chez lui. Grâce à ce contact, j’ai accès à l’arrière-boutique, lieu à palabres. En bon journaliste, je tâte le terrain. Pas besoin d’insister. Léopold jase d’abondance… Cet homme s’approche de la quarantaine et sa vie est déjà un long fleuve à rapides turbulents. Il conte comme il respire, et je sors de chez lui ébahi, après un plongeon dans un autre univers.

Un jour proche, nous allons reprendre le fil de notre première palabre pour nous engager sur une seule piste à la fois. En attendant, il me reste une impression globale. Ainsi, j’ai appris que Léopold n’est pas le patron de cette boutique, c’est plutôt la FCDDA (la Fondation canadienne pour le développement durable de l’Afrique) dont il est la tête et le cœur. Cet organisme équitable rassemble des immigrants africains de la diaspora, bien intégrés au Québec, qui s’impliquent dans le développement de leur pays d’origine entre autres par la création de coopératives dans des villages. On y fabrique des produits d’artisanat expédiés ici et vendus à juste prix.

De plus, la FCDDA a commencé par tisser toutes sortes de liens avec des Africains là-bas à travers des échanges, stages d’étudiants, voyages, etc.

Attends notre prochaine palabre sous l’arbre, mais si tu veux en savoir plus tout de suite, saute sur le site web www.fcdda.org ou viens faire un tour à L’Assomption, au 337, boul. de l’Ange-Gardien. Par précaution, appelle à l’avance au (450) 589-0789. Tu verras, le goût de l’Afrique et le son du tam-tam ne te lâcheront plus !

Cet article est paru dans l'édition Automne 2007 du Jumelé.

mercredi 28 novembre 2007

À quand les classes d’accueil pour parents immigrants ?

Véronique TARDIVEL

Cet automne (*) devait avoir lieu la mise en place du nouveau plan d’action interculturel de la CSDM. Un mois après la rentrée scolaire, où en sommes-nous ?
Adoptée lors de consultations publiques en mai dernier, la nouvelle politique interculturelle de la commission scolaire montréalaise donnait le coup d’envoi pour le développement de stratégies concrètes afin d’améliorer l’intégration des élèves et des parents issus de l’immigration. Un million de dollars a été dégagé cette année pour appuyer ces initiatives.

"Je me souviens étant jeune, lors d’une sortie à la cabane à sucre, d’avoir amené mon lunch croyant que nous allions faire un pique-nique dans les bois."


La CSDM présente une mosaïque interculturelle unique et un défi d’intégration de taille. Sur les 73 000 écoliers qu’elle accueille annuellement, 50 % ne parlent ni le français ni l’anglais à la maison. Ces jeunes proviennent de 180 pays et, ensemble, maîtrisent quelques 150 langues et dialectes. Que cette nouvelle politique amène un vent de fraîcheur au sein de la population enseignante et des divers organismes et communautés culturelles n’a rien d’étonnant. Les besoins d’une meilleure communication et compréhension mutuelle entre les parents et l’école se font de plus en plus ressentir.

« Je me souviens étant jeune, lors d’une sortie à la cabane à sucre, d’avoir amené mon lunch croyant que nous allions faire un pique-nique dans les bois. Sur le coup, c’était embarrassant, mais imaginez-vous le trouble pour les parents nouvellement arrivés lorsqu’il est question d’inscription, de transport scolaire ou encore de service de garde ! » Originaire de la Hongrie et arrivé au Québec à l’âge de 11 ans, Akos Verboczy est maintenant commissaire scolaire de son quartier d’adoption, Wesmount/Côte-des-neiges. En tant que président du comité des relations interculturelles de la CSDM, qui a initié cette nouvelle politique d’intégration, son cheminement personnel lui apporte une expertise et lui confirme l’urgence d’agir : « Je représente la génération des enfants de la loi 101 qui habitent et qui aiment Montréal. » Monsieur Verboczy est conscient des nombreuses problématiques entourant la réussite scolaire des nouveaux élèves issus des différentes communautés.
Enseignante au secondaire depuis quinze ans à la CSDM, Jasmine Langevin est confrontée chaque jour à de nouvelles réalités. Selon elle, le plan d’action arrive à point : « Le visage du réseau montréalais de l’éducation a changé énormément depuis les sept dernière années. Il est courant de devoir communiquer avec les parents pour leur expliquer l’importance de fournir à leur enfant le matériel scolaire nécessaire, ou même de voir un jeune servir d’interprète lors des rencontres avec les parents. »

Les projets évoqués par la nouvelle politique interculturelle sont variés : cela va de la distribution de fiches d'information sur le système scolaire québécois à l'utilisation du service de garde comme manière de personnaliser le lien avec les parents. On prévoit des formations à composante interculturelle pour le personnel enseignant ainsi que des cours de francisation pour les parents qui pourraient prendre la forme originale de classes d’accueil.

"Il est important pour nous, société d'accueil, de nous affirmer."


Durant les consultations publiques du printemps dernier, les parents ont exprimé le besoin d’être mieux initiés aux valeurs et la culture québécoise. Monsieur Verboczy mentionne « qu’il est important pour nous, la société d’accueil, de nous affirmer et de promouvoir notre patrimoine auprès des autres cultures ». Aussi, les membres de son comité se penchent actuellement sur la problématique de l’explication des bulletins : « Ce n’est pas tout de traduire le jargon technique, il faut mentionner les motivations et la philosophie derrière nos modes d’évaluation et ce, tout en restant ouvert aux échanges et aux commentaires constructifs ». Ces classes pour parents immigrants auraient alors pour objectif de leur offrir une meilleure compréhension du système d’éducation québécois dans son ensemble.

Des idées, donc, ce n’est pas ça qui manque ! Mais quand et comment verrons-nous se concrétiser ces stratégies ?

« L’enveloppe de un million de dollars sera répartie par quartier et par projet. » Akos Verboczy souligne que cette formule de budget participatif décentralise le pouvoir et le remet entre les mains des parents et des responsables de quartier. « Au début de janvier prochain, les comités de quartier formés respectivement du commissaire et des représentants du conseil d’établissement de chaque école, habituellement un parent et un membre de la direction, seront en mesure de pouvoir présenter leurs idées. Notre défi sera de veiller à ce qu’ils travaillent ! »

"Ces nouveaux professeurs comprennent davantage la réalité des jeunes d'origines diverses."


Le commissaire est confiant quant à la réalisation du plan d’action et cite en exemple l’application de la politique d’accès à l’égalité en matière d’embauche. Elle est entrée en vigueur en 2005 et ses effets se font déjà ressentir. À l'heure actuelle, 12 % des employés de la commission scolaire proviennent de minorités ethniques visibles, un pourcentage qui tend à augmenter.
« Cette année, à l’école, il y a une suppléante qui porte le voile et un enseignant Haïtien a également été engagé ». Cette meilleure représentation élèves-enseignants rend Madame Langevin, confiante. « Ces nouveaux professeurs comprennent davantage la réalité des jeunes d’origines diverses. En plus de parler leur langue et de connaître leurs valeurs, ils sont des modèles de réussite ».

Sachant que cette année Montréal recevra 48 000 nouveaux venus, la mise en application de la politique interculturelle de la CSDM reflète une réalité et un besoin criant qui étaient jusqu’alors peu documentés en milieu scolaire. Elle vient appuyer un mouvement de plus en plus important d’initiatives favorables au développement de relations interculturelles harmonieuses. Pensons au projet de jumelage entre immigrants et Québécois, aux festivals et événements à saveurs multiculturelles ou encore à des projets d’éducation des jeunes aux droits humains comme celui d’Équitas. Présentement, la reconnaissance des équivalences de diplômes des nouveaux arrivants, la représentativité politique, l’application de mesures contre le racisme et la discrimination, sont autant de thèmes et de débats quotidiennement abordés par les médias et par les différents niveaux de paliers politiques. Soit, la CSDM se colle à notre nouvelle réalité de société plurielle et prend le virage à temps.

(*)Cet article est paru dans l'édition Automne 2006 du Jumelé

Double minorité:
hommes immigrés et éducateurs à la petite enfance

Blandine Philippe


1976, le général Videla s’empare du pouvoir argentin. Une répression très dure s’engage alors contre les mouvements d’opposition se manifestant par des exécutions et la pratique de la torture. Plusieurs dizaines de milliers de personnes disparaîtront sous les armes de la junte militaire. Une situation insoutenable, obligeant Alberto Iscla à quitter précipitamment le pays avec sa femme Alicia et leur jeune garçon de quatre ans.

Sensiblement à la même période, de l’autre côté de l’océan Atlantique, le Kenya coule tranquillement les assises de son indépendance acquise quelques années plus tôt, tandis qu’un des ses enfants, Francis Augustin, quitte avec sa mère le pays de la « terre des lions » pour venir s’installer au Québec.

25 ans plus tard, le cœur d’Alberto continue de vibrer aux rythmes du tango, celui de Francis continue à faire écho aux traditionnels dictons africains.

Deux continents et deux histoires, uniques, brassées par les flots du voyage et du déracinement, deux cultures qui se mélangeront à leur pays d’adoption, et puis à celui d’un territoire commun, celui de la petite enfance.
« Les enfants sont purs, spontanés surtout, sans arrière-pensées et naturels. Je trouvais cela magnifique. » confie Alberto. Pour Francis, le sentiment est le même : « Les enfants ont cette manière de te montrer qui tu es. Ils sont spontanés, honnêtes… ils observent, sont curieux, cherchent la vraie raison des choses… Je me suis beaucoup découvert à travers eux. »

À son arrivée au Québec, Francis grandira dans le quartier Rosemont à Montréal, parmi d’autres enfants, principalement néo-québécois, ses pairs comme il les appelle, soit des enfants d’autres communautés culturelles, italienne ou haïtienne par exemple. Il se souvient avoir eu des difficultés de concentration en classe, ce qu’il explique avant tout par une absence d’identification à son passé. « Ma mère a vécu des expériences difficiles qu’elle a tenté d’oublier en voyageant et en émigrant. C’est éprouvant pour elle de revenir sur son passé, ce qui entraîne pour moi le problème de savoir d’où je viens, et la difficulté d’acquérir un espace à moi. » Ne te penche pas sur ton passé, vis plutôt le moment présent, cela va t’amener à te découvrir toi-même au fur et à mesure que tu grandiras, telle était l’approche préconisée par sa mère.

De son côté, Alberto sera orienté vers Ville-Lasalle par le gouvernement canadien, dès son arrivée à Montréal.
« On est arrivé en avril, il neigeait et il faisait froid. Au début, il a fallu s’habituer au climat, à la langue, à la nourriture, aux horaires… des choses qu’on arrivait tranquillement à apprivoiser. Ainsi, la première année en fut une de découvertes, car tout était neuf. La deuxième année fut la plus ardue : l’étape de l’adaptation commence. Pas évident.. Je refusais de vivre en ghetto avec d’autres Latino-Américains car les ghettos ne favorisent pas l’intégration. Ils te protègent tout en t’isolant. On a donc décidé de quitter Ville-Lasalle où il y avait beaucoup de réfugiés salvadoriens, guatémaltèques, polonais et d’autres nationalités de l’Europe de l’Est, et nous nous sommes installés dans Hochelaga-Maisonneuve. »
Alberto travaillait alors dans un restaurant quand la garderie de son fils lui offre de faire quelques remplacements : il ne savait pas encore qu’une nouvelle carrière s’offrait à lui et qu’il ressentirait instantanément la piqûre pour ce petit monde.

Une croisée de chemins presque similaire se présente à Francis. Il fait lui aussi ses premiers pas en garderie à titre de remplaçant, avant de décider de poursuivre, tout comme Alberto, les cours en technique de service de garde à l’enfance au Cégep du Vieux Montréal.
Voilà deux hommes, de générations différentes, issus de communautés culturelles, plongés dans un milieu de travail presque exclusivement féminin, au cœur de ce nouveau Québec pluriel.

Pour Francis, le premier contrat a été laborieux. Se plonger dans le monde du travail, découvrir les enfants, changer régulièrement de groupe d’âge depuis les poupons à ceux de cinq ans, côtoyer des éducatrices ayant de l’ancienneté… autant d’adaptations multiples : « Même sans culture personnelle, j’avais de la difficulté à m’acclimater à la culture québécoise, dans un milieu de travail où peu de communautés culturelles sont représentées. Il m’était dur de saisir certaines manières d’agir, alors que je voulais toujours comprendre la vraie signification des choses au-delà des mots et des apparences. Moi, un homme, j’étais plongé dans un milieu de femmes et de plus, je suis noir… Me voilà en face d’une foule de petites barrières, confronté bientôt à ma peur des préjugés. J’ai ressenti tellement de peurs qui persistent d’ailleurs aujourd’hui. Je crois que la peur s’atténue seulement si on refuse de voir les vraies choses, c’est-à-dire le racisme, la discrimination et les préjugés. Alors là, oui, tout va bien. Par contre si on regarde la réalité en face, alors on est obligé de veiller à ce qu’on dit et à ce qu’on fait. »

Au cours de ses premières expériences en garderie, combien de fois Francis n’a-t-il pas ressenti de la méfiance à son endroit? Combien de fois l’ombre de préjugés n’a-t-elle pas plané autour de questions sur l’homosexualité ou la pédophilie au point d’en assombrir ses relations professionnelles? Combien de fois son entourage ne s’est-il pas questionné sur les motifs de son amour des enfants, et combien de fois n’a-t-il pas été invité à souper par des éducatrices ou même par des parents dans l’intention de le tester à ce propos?
Or, la première fois était déjà de trop.
Depuis lors, Francis doit faire extrêmement attention, car tout peut être interprété de travers. Une petite blague adressée à un enfant pourrait arriver tout différemment aux oreilles de ses parents… et dans ce cas, tout serait possible.
Bref, du fait qu’il est un homme noir en garderie, Francis se retrouve acculé à un qui-vive quasi-permanent, comme s’il marchait sur des œufs.

Et pourtant, cet éducateur n’a jamais eu quoi que ce soit à se reprocher dans son milieu de travail. Bien au contraire. Pour l’avoir vu à l’œuvre, j’ai constaté qu’il a vraiment le tour avec les petits bouts de chou. Parents et responsables de garderie l’apprécient. Mais curieusement, aucune permanence ne lui a encore été offerte, malgré ses dix années d’expérience. À ses yeux, certains centres de la petite enfance refusent encore délibérément d’engager des hommes et a fortiori, des hommes de couleur.

De son côté et en vingt ans de carrière, Alberto n’a pas été confronté aux mêmes complications que celles décrites par Francis. Comme il le dit lui-même, « si je n’ouvre pas la bouche, je peux passer pour n’importe qui. » Il faut noter qu’à ses débuts, l’équipe éducative de la garderie La Ruche, la sienne, comptait déjà deux hommes. Alberto était par ailleurs marié et père de deux jeunes enfants. Les réactions qu’il pouvait observer étaient davantage celles d’une agréable surprise, amenant même certains parents à lui demander d’apprendre des mots et des chansons en espagnol aux enfants.

Néanmoins, Alberto reconnaît au sujet de l’intégration : « Pour certaines minorités, c’est très difficile. Si l’on regarde la population noire par exemple, et diplômée, rien ne justifie le problème d’intégration qu’elle vit, car dans ce cas, ce n’est pas la compétence qui est en jeu. Quant a moi, je n’ai que rarement ressenti de la discrimination. Mais je sais que celle-ci peut être vraiment méchante, enveloppée parfois de subtilité. Elle ne dit pas « moi, je n’aime pas les Noirs, je n’aime pas les Juifs, ou je n’aime pas les étrangers ». Non, elle peut t’offrir un beau sourire tout en te poignardant dans le dos. Et ce n’est pas toi qui seras engagé, malgré tes compétences. Ce genre de situation, ma femme Alicia l’a vécu. »

Fruits d’une intégration parfaitement réussie, les enfants d’Alicia et d’Alberto, diplômés et trilingues, volent à présent de leurs propres ailes. Ils se situent dans la continuité de la chaîne de vie, et ils ont la chance et le goût de se plonger dans l’histoire mouvementée de celles et ceux qui les ont précédés. Ainsi, ils découvrent une sorte de voyage permanent et de déracinement, à travers plusieurs époques et continents. Il y a les arrière-grands-parents, paysans italiens, venus travailler dans les récoltes de café au Brésil… un grand-père gitan andalou, à la peau basanée … un père espagnol, réfugié en Argentine au moment de la guerre civile… jusqu’à leur propre parcours vers l’Amérique du Nord. Comme si l’histoire humaine se répétait sans cesse, sous d’autres latitudes, et qu’il fallait sans cesse trouver à se nicher en sécurité avant de tenter de se rebâtir à nouveau au sein de diverses sociétés d’accueil.
Et si on lui demande à quel pays il se sent attaché, Alberto Iscla répondra : « Au sujet de la patrie, je reprendrais une phrase de Jacques Brel : pour moi la Belgique, c’est quand je rentrais dans le corridor de la maison et que je sentais la confiture que ma grand-mère préparait. Pour moi, ma patrie, c’est la musique et le tango, les sentiments, les petites choses, les odeurs et les couleurs. Je pense qu’il faut avoir quitté son pays, regarder en arrière, pour se rendre compte de ce qu’est une patrie. »

Cet article est paru dans l'édition Automne 2006 du Jumelé.

lundi 12 novembre 2007

Les enfants de l’avenir
Centres de la petite enfance en changement

Blandine PHILIPPE

Quand Isabelle Pierre chantait en 1970 « Les enfants de l’avenir », elle ne se doutait certainement pas que sa poésie serait annonciatrice de changements si rapides, observables aujourd’hui dans le milieu des services de garde à la petite enfance.

Les enfants de l’avenir
se feront des chansons de couleur
les enfants de l’avenir
vont savoir naviguer aux feux planétaires


Au CPE Les Amis promis, Étienne Anglehart, cuisinier originaire de la Gaspésie, égrène patiemment la semoule de couscous pour ses soixante petits clients. Au même instant, au CPE La Ruche, la fricassée de tofu fume dans les assiettes des soixante-quinze bambins, remplaçant du même coup le jambon ou la traditionnelle côtelette de porc. À quelques kilomètres de là, au CPE Saint-Denis, des petits Cambodgiens apprennent à prononcer le mot fajitas, tandis que leurs camarades mexicains savourent des chapatis.

Nous sommes à Montréal, pour une traversée spectaculaire des couleurs de notre nouvelle jeunesse, guidés par les feux planétaires, de Côte-des-Neiges, à Hochelaga-Maisonneuve en passant par Rosemont.

"J’étais perdu… entre le jambon, la viande de porc, la viande halal, les diverses restrictions, intolérances et aussi allergies alimentaires."



« La première fois que j’ai du préparer les menus, partage Étienne, je ne savais pas qu’on aurait autant d’enfants musulmans. J’ai dû m’y prendre à trois et même à quatre reprises avant de parvenir à les établir. J’étais perdu… entre le jambon, la viande de porc, la viande halal, les diverses restrictions, intolérances et aussi allergies alimentaires. Il m’a fallu également faire preuve d’ingéniosité face à certains produits habituels que je ne pouvais plus utiliser dans mes recettes, tels la guimauve qui contient de la gélatine dans laquelle il y a du porc, ou encore le jello qui lui aussi contient de la gélatine. Finalement, j’ai consulté la nutritionniste de notre CLSC ! »

Étienne n’en était pourtant pas à sa première batterie de cuisine, comptant une vingtaine d’années de métier dans des milieux aussi divers que le Palais de justice, des institutions religieuses et d’autres CPE en région. Mais aujourd’hui c’est différent : il prend conscience, sur le terrain, de l’immense pluralité culturelle du quartier Côte-des-Neiges dans lequel il travaille, où la moitié de sa population est composée d’une immigration récente et qu’il apprivoise tranquillement depuis une année. À son CPE, 90 % des enfants sont de parents nouvellement arrivés et représentent une douzaine de pays différents.

« Au début, précise Étienne, les parents étaient un peu inquiets et aussi gênés sans doute. Ils se demandaient comment j’allais composer avec les restrictions alimentaires de leur enfant. Il m’a fallu les mettre en confiance et leur faire comprendre que mon métier n’est pas de juger mais de respecter. » Une relation de confiance s’établit. Étienne se montre intéressé à comprendre certains rites culturels spécifiques, le principe de la viande halal et des prières qui l’accompagnent par exemple. De leur côté, les parents viennent le rencontrer pour dialoguer et repartent parfois avec la recette du pâté chinois ou de la sauce à spaghetti. Une qualité d’échange qui nourrit Étienne, lui qui n’avait jusqu’alors jamais été confronté à cette réalité dans d’autres CPE, la proportion d’immigrants installés sur l’Île de Montréal étant encore relativement concentrée dans certains de ses quartiers.

Néanmoins, les couleurs des quartiers évoluent progressivement, bouleversant parfois les repères du milieu de la petite enfance, qu’ils soient de nature culinaire, pédagogique ou encore d’ordre communicationnel. Ce milieu semble en effet révéler, avec plus de justesse et de précisions que ne le font les études sociodémographiques actuelles, le renouveau culturel qui se dessine au Québec.

"Il nous faut de plus en plus parler en anglais, bien que certaines éducatrices acceptent encore difficilement de devoir parler aux parents dans une autre langue que le français."


Identifié comme un des bastions les plus francophones de Montréal avec près de 95 % de sa population parlant le français, le quartier Hochelaga-Maisonneuve situé dans l’Est de Montréal, n’échappe pas à ces changements. Sa population immigrante représente à présent 12 % de ses résidents. Dans les garderies, la proportion peut atteindre 30 %.

Carole Barbeau, directrice du CPE La Ruche note des changements notables dans ce sens depuis les six dernières années. Sur la liste d’attente, les nouveaux arrivants deviennent majoritaires. Et à partir du moment où, dans son installation, les enfants musulmans ont représenté près de 20 % de sa clientèle, il a été décidé de faciliter le travail en cuisine en y bannissant la viande porc.

Ce choix semble relativement unanime au niveau des centres de la petite enfance.
Le personnel comprend, apprend et s’adapte, au même titre que « la clientèle semble essayer de s’adapter à la société québécoise, » précise Carole Barbeau.

Les repas ne sont qu’un des multiples aspects de cette nouvelle mixité culturelle. L’approche auprès des parents et au niveau des services offerts est également amenée à évoluer. « On a à cœur d’établir une bonne communication avec les parents. Si le contact quotidien du personnel éducatif auprès des enfants se fait en français, ce n’est pas forcément le cas auprès des parents. Il nous faut de plus en plus parler en anglais, bien que certaines éducatrices acceptent encore difficilement de devoir parler aux parents dans une autre langue que le français » explique Madame Barbeau.

"(...)Une spécialiste de la diversité culturelle pour donner une formation aux éducatrices afin qu’elles soient mieux outillées pour aborder les parents".


Mais au-delà des mots et de la langue, il y a l’incontournable question de la différence culturelle. Andréia Bittencourt, directrice d’un CPE dans Côte-des-Neiges, témoigne :

« J’ai aussi travaillé à Ville-Émard qui, il y a encore peu de temps, était très québécois. Les éducatrices y étaient essentiellement québécoises. Aujourd’hui ce quartier devient de plus en plus multiethnique. Les éducatrices en place ont commencé à avoir de la difficulté à gérer le quotidien et à communiquer avec les parents. J’ai dû faire venir une spécialiste de la diversité culturelle pour donner une formation aux éducatrices afin qu’elles soient mieux outillées pour aborder les parents et aussi pour mieux intervenir auprès des enfants. À titre d’exemple, elle nous a expliqué que si les Québécois sont très directs dans leur manière d’aborder un échange (Bonjour, ça va bien, demain il faut apporter des couches ou encore Bonjour, ça va bien, regardez, vous n’êtes pas à l’heure), cette manière de faire ne correspond pas aux codes de communication de plusieurs communautés. On a donc appris à aborder les parents différemment: Bonjour, comment ça va ? Avez-vous passé une bonne fin de semaine ? Est-ce que la famille va bien, les enfants, les autres bébés, est-ce que tout se passe bien ? »

Ces éléments du quotidien sont subtils et importants à comprendre. Beaucoup de préjugés ont ainsi pu être déconstruits, permettant de créer une toute autre atmosphère entre parents et éducatrices. Dans leur grande majorité, celles-ci sont ouvertes à la différence, mais elles ne savent tout simplement pas toujours comment s’y prendre.

Dans ce contexte, le Regroupement des Centres de la petite enfance de l’Île de Montréal offre à l’ensemble du personnel des CPE des formations orientées sur cette thématique. À titre d’exemple, l’atelier « Moi, toi… et nos deux cultures » aborde la relation adulte/enfant et ses influences au quotidien, en l'intégrant au travail éducatif auprès des enfants d'origines diverses. L'enfant de 0-5 ans issu d'une autre culture est placé au cœur de ces discussions.

Lors de l’implantation récente des garderies en milieu familial, 75 % des éducatrices étaient des nouvelles immigrantes


Il est à noter que les garderies les plus anciennes disposent généralement d’une équipe pédagogique ayant la même ancienneté. Les éducatrices y sont pour la plupart québécoises de naissance. Au CPE La Ruche, crée en 1976, un seul membre du personnel est issu de la nouvelle immigration. Par contre, lors de l’implantation récente des garderies en milieu familial, 75 % des éducatrices étaient des nouvelles immigrantes. Au CPE Les Amis promis, ouvert il y a tout juste une année, neuf des treize employées, soit 70%, sont nées à l’extérieur du pays. Au CPE Saint-Denis, sur les 39 employés permanents et occasionnels, seulement 12, soit à peine le tiers, sont nés au Québec.

"Dans mon personnel éducatif immigré, j’ai des travailleurs sociaux, psychologues, avocates ou encore ingénieures".


Au moment même où le milieu de la petite enfance manquait cruellement de personnel, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles présentait cette filière comme possibilité d’emploi aux femmes qui arrivaient au pays. Pour la plupart diplômées d’autres secteurs d’activités, ces nouvelles éducatrices se sont repliées vers cette filière « facilement accessible » de la petite enfance car leurs diplômes étrangers ne sont pas reconnus.

Mirea Henriquez, directrice du CPE St-Denis explique : « Dans mon personnel éducatif immigré, j’ai des travailleurs sociaux, psychologues, avocates ou encore ingénieures, qui arrivent avec des diplômes mais qui ont de la difficulté à travailler dans leur domaine et qui du même coup cherchent à faire autre chose. Notre cuisinière mexicaine était travailleuse sociale dans son pays et se résigne à présent en déclarant : je fais ce que je peux faire ici !

Que ce soit dans Côte-des-Neiges, Rosemont ou Hochelaga-Maisonneuve, le constat est le même : les candidatures spontanées, pour ouvrir une garderie familiale ou intégrer une installation gérée par un CPE proviennent de femmes immigrantes dans 85 % des cas.

Cette diversité est désormais du domaine de l’acquis


Serions-nous à la veille d’une minirévolution culturelle dans le monde de la petite enfance ? Enfants et éducateurs proviennent dorénavant d’horizons aussi multiples qu’il y a de pays. Là encore, le consensus des propos recueillis est frappant : tous s’accordent à dire que l’on est en présence, tout simplement, de la réalité québécoise d’aujourd’hui, dans un contexte pluriculturel et que c’est cela vivre la vraie réalité, sous-entendant que cette diversité est désormais du domaine de l’acquis.

Certains parents s’inquiètent parfois. Leur crainte principale se situe avant tout au niveau de l’apprentissage de la langue française. Ils peuvent appréhender qu’une éducatrice dont la langue maternelle n’est pas le français ne puisse offrir l’environnement linguistique auquel ils seraient en droit de s’attendre.

Pour d’autres au contraire, voilà une occasion unique dont ils souhaitent voir bénéficier leur enfant. « Des parents nous font savoir qu’ils veulent profiter de nos éducatrices hispanophones pour que leur jeune enfant apprenne l’espagnol ! s’enthousiasme madame Henriquez. On a donc élaboré un projet pédagogique dans ce sens, incluant des enregistrements de chansons en espagnol pour les parents. Ces derniers nous précisent qu’ils parlent de toute manière en français à la maison avec leur enfant. Les parents étaient très ouverts. »

Dans la foulée, Mirea Henriquez initiait un autre projet novateur au CPE St-Denis, en réalisant un guide sur les habitudes alimentaires qui tienne compte des origines culturelles variées de sa clientèle, tout en les initiant à la vie quotidienne du Québec.

Au-delà des chansons de couleur et des feux planétaires, parions que nos jeunes Québécois, les enfants de l’avenir, nés ici ou ailleurs, sauront bâtir une société dont on ne peut pas encore soupçonner ni le langage ni la couleur : leurs rêves de demain…

Cet article est paru dans l'édition Automne 2006 du Jumelé

mardi 6 novembre 2007

Quand les cultures s’entrechoquent

Gabriel GOSSELIN

Le thème de l’étranger est universel. Le voyageur, l’immigrant, le « Survenant » viennent par leur seule présence dans le pays questionner notre mode de vie. Parlant souvent une langue pour nous étrangère, il laisse derrière lui un passé qui fut souvent un lourd fardeau. Sa nourriture, son habillement, ses prières, il ne nous les impose pas mais il est souvent prêt à les partager.

L’immigrant, tout comme le Québécois pure laine, est troublé et tenté par la société de consommation dans laquelle on baigne ici. Délesté de ses repères habituels, il se retrouve brusquement catapulté dans un bouillon de culture qui satisfait peut-être ses besoins immédiats, mais qui réserve peu de place à ses besoins intimes et vitaux. Résultat : la sympathique rencontre entre « l’habitant et le voyageur » n’a lieu que rarement. Ce vide pousse alors l’immigrant à retraiter vers le confort et la sécurité de son milieu d’origine, avec le risque de ghettoïsation.

La démarcation entre les cultures se situe souvent dans tout ce qui a trait à la vie sociale, familiale et religieuse des nouveaux arrivants. Ils ont souvent des exigences disciplinaires et coutumières qui forcent une certaine distanciation et incompréhension bien naturelles de leur part face à notre culture qui est très éloignée du modèle de la famille telle que le concevait nos propres parents.

Au Québec, nous sommes aujourd’hui loin de la famille traditionnelle qui nous a protégés de l’assimilation après la conquête des Anglais. Nous observons une multitude de conceptions de la famille dans lesquelles les enfants occupent une place secondaire.

On comprend dès lors le dilemme des immigrants qui tiennent aux valeurs de la famille traditionnelle dans une société d’accueil déstabilisée et à la recherche d’une nouvelle identité.



La société contemporaine qui est la nôtre a créé une multitude d’institutions afin de se substituer à l’un ou l’autre des parents, ou aux deux. Les psychologues et leurs approches thérapeutiques tentent de suppléer à un encadrement familial sécurisant. Sur le plan affectif, les garderies, les maternelles, les écoles s’efforcent à remplacer les parents débordés et absents, qui devraient se partager normalement une présence et une responsabilité quotidienne auprès de l’enfant.

Les repas pris en famille ont été abandonnés pour des mets congelés avalés à la sauvette et l’enfant, souvent unique, privé de la présence de frères et sœurs, se tourne vers la TV et les jeux vidéos. Les jeunes grandissent souvent dans un monde irréel, ne sachant plus ce que c’est que l’amour d’un père et d’une mère.

Oserions-nous demander aux immigrants de s’intégrer à ce style de vie familiale ainsi qu’à renoncer à ce qui nourrit le plus profondément leur culture, à savoir une famille solidaire dont les membres sont proches les uns des autres et dans laquelle les enfants occupent une place centrale ?

Par ailleurs, nous pourrions tracer ici un tableau parallèle de la place des religions dans les deux univers respectifs. Nous y reviendrons peut-être un jour.

En attendant, le choc des cultures en présence mérite une réflexion approfondie de notre part. Au nom d’une fausse conception de la liberté, nous nous sommes attiré les pires misères : toxicomanies, alcoolisme, jeux de hasard, sexualité irresponsable, etc.

Comment protéger les enfants contre nos tendances à vouloir assouvir le moindre de nos désirs au détriment d’une vie en société dans laquelle le bonheur puise à d’autres sources que la consommation? Nous sommes les premiers modèles sur qui peuvent compter nos enfants.

Face aux immigrants qui ont souvent une autre conception du bonheur et d’autres choix éthiques et spirituels, nous commençons à entrevoir une nouvelle culture.

À cause de notre négligence et de nos infidélités, nous craignons de plus en plus pour notre survie et nous devons réapprendre à vivre culturellement.

Depuis une vingtaine d’années, des hommes et des femmes essaient d’inventer un nouvel âge en cherchant des manières de guérir de la surconsommation. Basé sur des valeurs d’équité, de bonheur, de santé et de partage, ce nouvel âge, plutôt que de rechercher des solutions toujours plus démoniaques à nos problèmes, invente des alternatives écologiques, humanistes et spirituelles afin de nous soulager des maux qui infligent notre humanité vieillissante. Ce nouvel âge est vivant et nous nous transformons en y travaillant.

De la sorte, ne nous approcherions-nous pas de beaucoup d’immigrants ? Le dialogue n’en serait-il pas grandement facilité ? Ensemble, nous pourrions devenir les bâtisseurs d’un nouveau pays,mais surtout d’une nouvelle culture plus respectable des vrais enjeux de l’humanité.

Cet article est paru dans l'édition Été 2007 du Jumelé.

jeudi 1 novembre 2007

Isabelle GAVARD


Isabelle Gavard est Conseillère en emploi au CARI St-Laurent. Formée en communication interculturelle, elle participe à différents comités auprès du Comité des Organsimes Sociaux de Saint-Laurent et de la Table de concertation des organismes au seervice des personnes réfugiées et immigrantes.

Contributions au Jumelé:



Sensibilisation en milieu de travail

Codes et valeurs culturels repectifs
Médiation pour le maintien en emploi

Christian Altamirano


Formateur en relations interculturelles, Christian Altamirano oeuvre également comme consultant et enseignant sur un projet de coopération internationale de l'Université du Québec en Outaouais.

Contribution au Jumelé:


Quelques difficiles défis
Débats sur l'intégration et l'accommodation >>> LIRE



Gabriel Gosselin


Eneignant auprès des jeunes en difficulté, Gabriel Gosselin s'intéresse à la spiritualité hindoue et amérindienne.

Contribution au Jumelé:


Quand les cultures s'entrechoquent
>>> LIRE



vendredi 26 octobre 2007

Les coupes touchent les immigrants eux-mêmes

Le Devoir 25 octobre 2007
Lévesque, Kathleen

Les compressions de personnel au sein du ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles (MICC) touchent notamment des «groupes cibles», c'est-à-dire des immigrants.
Selon des membres du Syndicat de professionnels du gouvernement du Québec (SGPQ), plusieurs des postes qui ont été abolis il y a quelques semaines au sein du MICC étaient occupés jusque-là par des personnes issues de l'immigration. Ces dernières font partie des groupes cibles, tout comme les anglophones, les autochtones et les handicapés. Dans l'ensemble de la fonction publique québécoise, les immigrants (de langue maternelle autre que le français et de race autre que blanche) ne représentaient en 2005-06 (les derniers chiffres disponibles) que 3,5 % des employés.
Comme le révélait en début de semaine Le Devoir, l'équipe de fonctionnaires du MICC a été réduite de 11 %, soit 114 postes sur 1042. Au surplus, un effort a été réclamé des employés permanents pour qu'ils réduisent leur semaine de travail de 35 à 28 heures.
Le cabinet de la ministre responsable du dossier, Yolande James, confirme que cette demande concerne 27 employés. On maintient toujours que ces compressions n'ont aucun impact direct sur les services à la clientèle immigrante.
Le SGPQ s'inquiète toutefois de la situation, alors que le gouvernement a décidé d'accueillir 10 000 immigrants de plus par année à compter de 2008. «Il s'agit là d'une attitude tout à fait hypocrite de la part d'un gouvernement qui affirme que les immigrants représentent une richesse pour la population. Il est évident que l'état actuel des ressources ne permettra pas de réaliser les objectifs souhaités en matière d'accueil et d'intégration», a affirmé hier le président du SGPQ, Gilles Dussault.
Selon ce dernier, le MICC est incapable depuis deux ans d'atteindre les niveaux d'immigration établis compte tenu du manque d'effectifs, notamment dans les services de sélection à l'étranger.
Les professionnels ont participé hier à un comité paritaire pour obtenir des éclaircissements de la part de la direction du ministère. «A la suite de cette rencontre, d'autres personnes auraient été prévenues de compressions à venir et non annoncées», a indiqué le SGPQ.
Du côté de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), on voit dans les coupes ministérielles la poursuite des premiers coups de hache donnés dès 2004 dans le dossier de l'immigration. Depuis, le MICC n'a plus de ressources en recherche et peine à établir un outil devant servir à la reddition de comptes des organismes subventionnés par le ministère.
«Ils ont saigné à blanc la machine. Avant, il y avait trois fonctionnaires pour un dossier et maintenant, c'est un fonctionnaire pour trois dossiers> », a soutenu Stephan Reichhold, porte-parole de la TCRI.
Pour M. Reichhold, la décision du MICC, imposée par le Conseil du trésor, est «pathétique». «Il y a un impact indirect sur les immigrants. N'importe quel gestionnaire éclairé peut confirmer que, si les opérations ne sont pas planifiées, évaluées et validées, un moment donné elles ne sont plus efficaces. Il y aura toujours quelqu'un au guichet, mais les dossiers seront-ils mis à jour par les informaticiens? On ne peut pas couper plus de 10 % des effectifs et dire que ça ne change rien!», fait valoir M. Reichhold.

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jeudi 25 octobre 2007

Dossiers spéciaux



Nous poursuivons progressivement la mise en ligne des articles des deux dernières années... Merci de votre patience...


Emploi et milieux de travail (8 articles: en ligne !)

Défis et enjeux de l'interculturel (8 articles en ligne !)

Ethnicité et orientation sexuelle (6 articles en ligne !)

Enfants-jeunesse (7 articles. Bientôt en ligne)



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Actualités médias
sélections spéciales

Les coupes touchent les immigrants eux-mêmes
Le Devoir, 25 octobre 2007 >>>LIRE


La protectrice des ouvriers agricoles mexicains vaincue par le cancer
La Presse, 2 octobre 2007 >>>LIRE


Indignation face aux accusations portées contre une travailleuse humanitaire
Conseil canadien pour les réfugiés, 28 septembre 2007 >>>LIRE


L'immigration choisie au Canada
Émission la Planète, France 2 >>>VISIONNER


Immigrer au Canada
Chaîne culturelle ARTE >>>VISIONNER


Le Québec "intègre mal" ses immigrés
Caroline Touzin, La Presse, 26 septembre 2007 >>>LIRE

Québec veut réformer la gestion des services aux nouveaux arrivants
Tommy Chouinard, La Presse, 26 septembre 2007>>>LIRE

L'immigration et l'intégration au Québec:
trop peu, bien tard, il faut agir (25.09.2007) >>>LIRE

Le chômage des immigrés
Lysiane gagnon, La Presse, 22 septembre 2007 >>>LIRE

lundi 15 octobre 2007

Parution du nouveau Jumelé !

L'édition automne 2007 du Jumelé vient de paraître.


Dans ce numéro, une vingtaine de collaborateurs partagent leurs visions et leurs points de vue, leurs observations et leurs expériences au coeur de l'interculturalisme québecois.

Comment vous le procurer ?


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Sommaire:


1. Le dialogue des cultures au Québec:
oui, dans le respect de la laïcité des institutions publiques
par Léon Ouaknine.

2. Vivre ensemble égaux/égales et différentEs:
un défi d'abord politique
par Lorraine Guay.

3. Hommes en difficulté et communautés ethnoculturelles:
une autre perspective
par Jean-François Roussel.

4. Ces pères d'ailleurs:
comment vont-ils ?
par Anouk Lanouette-Turgeon.

5. Répandre des valeurs communes pour valoriser les enfants exclus
par Laura Kneale.

6. Devenir soi-même dans une autre langue
par Frans Van Dun.

7. La petite fille de Monsieur Linh
par Blandine Philippe.

8. Femmes immigrantes et femmes québécoises:
sommes-nous si différentes ?
par Mylène Gauthier.

9. À la fois porteur de malheur et de bonheur:
le rendez-vous
par Zahia Ziouche.

10. Politiques d'immigrations restrictives:
catalyseur pour la traite des femmes et des jeunes filles
par Catherine Gauvreau.

11. On rêvait d'un troisième millénaire humaniste:
aller jusqu'au bout à présent
par Diolément Sassa.

12. Il était une fois ou il n'était pas:
Myriame El Yamani, passeuse d'histoires
par Blandine Philippe.

13. L'Île des sentiments
par Myriame El Yamani.

14. À l'Assomption pure laine:
sous l'arbre à palabres
par Frans Van Dun.

15. Immigration en région éloignée:
À beau venir qui part de loin,
par Marie Beauchesne.

16. Entre le voile et le foulard:
soyons raisonnables avec les accommodements
par Slim Daouzli.

17. Nous, Euro-québécois
par Martin Dufresne.

18. Je me souviens... mais je me demande aussi...
par Pauline Ngirumpatse.

19. Codes et valeurs culturels respectifs:
médiation pour le maintien en emploi
par Isabelle Gavard.

20. Jardins collectifs
par Arianne Pichette-Neveu.